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Lettre aux adhérents #
3
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Octobre 2002
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Chers amis
Merci de ne pas
nous avoir laissés tomber malgré l’absence d’envoi de nouvelles de
Colombie, j’en suis consciente mais ce n’est pas toujours facile
de sortir de son trou et se retrouver devant un bel écran. Ne
croyez pas que vous êtes moins importants que nos amis colombiens,
mais eux ils sont beaucoup plus fatiguants que vous !!!
Je vais donc
commencer cette lettre par une bonne nouvelle : deux amis
français, dont je reparlerai, ont offert à l’association un
ordinateur et une imprimante; on se modernise un peu et cela me
permettra, entre autres, d’être plus en direct avec vous.
Vous attendez
donc tous de savoir ce qui s’est passé depuis Janvier au niveau de
l’éducation, de la santé, des activités, de la maison, des aides
en Colombie etc.
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éducation
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Depuis Février, et je dois dire que c’est un
bon nombre pour la première année, 60 enfants ont été parrainés et
scolarisés. Cela veut dire qu'ils ont tous une inscription, deux
uniformes obligatoires (classe et sport), et leurs fournitures.
Cela peut paraître simple et rapide mais je vous assure que c'est ce
qui demande le plus de travail. Tout d'abord il a fallu choisir les
enfants, même si le mot choix ne me plait pas, on ne pouvait pas
inscrire n'importe qui. Seuls ont été retenus les enfants motivés,
issus de familles nécessiteuses et dont les parents s'engageaient à
suivre l'éducation de leurs enfants. Au premier abord ils pouvaient
tous faire partie de cette catégorie mais il faut tout de même les
connaître un minimum pour savoir que non. Certains commencent
quelques mois puis abandonnent petit à petit pour se remettre à
travailler dans les rues, envoyés par leurs parents, d'autres
doivent s'occuper trop souvent de leurs petits frères et sœurs etc.
Je ne vous promets pas une réussite totale pour les 60 actuels mais
avec eux, je fais de mon mieux. |
Nous avons vous et moi un rôle important à jouer
dans l'éducation scolaire de ces petits colombiens. Je demande
vraiment à ceux qui se sont engagés à parrainer un enfant,
de s'intéresser à lui; ils attendent tous une petite lettre pour
vous connaître et une photo, peu importe si vous ne parlez pas
espagnol, je suis là pour traduire. Ils sont heureux et fiers de
savoir que quelque part, à l'autre bout du monde, une famille
française les connaît.
Chaque semaine il faut vérifier s'ils sont bien allés à l'école,
s'ils font leurs devoirs, s'ils n'ont pas de problème avec leur
uniforme, leurs chaussures etc.
Plusieurs d'entre eux doivent obligatoirement venir faire leurs
devoirs avec moi à la maison, ils sont petits et leurs parents ne
savent ni lire ni écrire. Mais beaucoup préfèrent de toutes façons
venir, c'est plus sympa avec Stéphanie qui essaie de garder son
calme plutôt que de se prendre des coups à chaque erreur (et il y en
a, des coups !!!). |
Santé
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Ici aussi le programme est lourd et obligatoire.
Nous avons une petite pharmacie dans la maison qui sert
malheureusement tous les jours et que nous complétons au fur et à
mesure. Nous soignons surtout les petits bobos des enfants qui
aiment bien qu'on s'occupe d'eux mais aussi d'autres blessures
beaucoup moins appétissantes! Bien sûr nous faisons très attention à
ce que nous appliquons ou administrons et au moindre doute nous
faisons appel à un médecin ou aux urgences. Nous connaissons par la
paroisse 4 médecins qui peuvent recevoir chacun un patient par jour
gratuitement, mais il faut toujours trouver un moyen pour payer les
médicaments, les analyses, les traitements etc.
Cette année, nous voulions suivre le cas de Nelly,
mère de 11 enfants et atteinte d'une maladie depuis presque 20 ans.
Aucun médecin n'a jamais été capable de définir l'infection qui lui
ronge le pied, ni d'où elle provient. Nous avons tenté plusieurs
traitements mais en vain, elle est allergique à tout et les médecins
nous ont avoué que la plaie est trop profonde pour qu'elle puisse en
guérir un jour. |
Nous ne pouvons donc que lui appliquer des crèmes qui
lui font du bien et quelques médicaments qui lui soulagent la
douleur et elle préfère continuer ainsi plutôt que de subir une
amputation. C'est une grande leçon que nous offre Nelly, qui vit sur
une île avec sa famille, dans une maison en terre de 9 m², qui ne se
plaint jamais et qui arrive à nous recevoir comme des rois à chacune
de nos visites. Au niveau de la
prévention, je préfère (car je trouve pour l'instant que cela
est plus efficace), me rendre compte des problèmes de santé dans les
familles et leur parler à tous séparément.
Il est plus facile et efficace d'expliquer à une mère de famille qui
faut qu'elle soigne son enfant contre les parasites et
éventuellement l'aider, plutôt que de parler à 20 familles en même
temps. Les maladies ou problèmes fréquents dans nos quartiers et
contre lesquels nous devons lutter sont les problèmes parasitaires,
les infections, les fièvres avec déshydratation et diarrhées, les
mauvais retours d'hôpital, la malnutrition et dénutrition, et puis
il faut évidemment parler des maladies contagieuses. |
Activités
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Au mois de Février, j'ai eu la chance d'avoir la
visite de Sébastien de Ferluc, un jeune de 20 ans qui m'a aidée
pendant deux mois. évidemment quand on est deux on a le temps de
faire plus de choses! Il a donc organisé des tournois de foot, des
compétitions de danse, des sorties à la piscine etc. Il m'aidait à
assurer une présence permanente dans la maison pour les devoirs
scolaires et jouer avec les enfants.
En Mai, deux sportifs, Nicolas et François ont décidé
de commencer leur périple par Barrancabermeja. Ils sont les
fondateurs de
l'Association Carantar
[pour visiter le site, cliquer ici],
et comme le nom l'indique, ils traversent l'Amérique du sud de
Cartagène à l'Ushuaïa, au bord de l'Antarctique, tout en soutenant
des projets humanitaires sur leur route. |
Ils n'ont pu rester qu'une semaine avec moi mais
j'avoue qu'elle était productive: sortie avec 40 enfants, 100 kms à
vélo avec une dizaine de jeunes de Bucaramanga à Barrancabermeja,
camping, ils ont aussi un peu joué à "médecins sans frontières", aux
gentils maîtres d'école patients devant 200 enfants plus qu'agités,
aux grands frères qui racontent des supers histoires…etc.
Je tiens aussi à vous dire que c'est grâce à eux si nous allons
enfin pouvoir communiquer, ils ont offert à l'association un
ordinateur et une imprimante, il va maintenant falloir être patient
avec les colombiens pour qu'ils m'installent le téléphone et
internet. Je vous conseille d'aller faire un petit tour sur leur
site pour voir les photos et lire leur carnet de route, c'est assez
drôle... |
Construction
de la maison
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Depuis le mois de Janvier, vous ne pouvez même pas
imaginer les changements de la maison. Nous avons maintenant une
salle de bain toute neuve et carrelée, une nouvelle chambre avec un
beau toit et des murs peints, une grande salle pour les activités
avec cuisine et trois lits canapés intégrés (banquettes béton le
long du mur). Malgré de grands efforts pour obtenir du matériel
moins cher, |
des transports gratuits et la main
d'œuvre du quartier qui n'était pas surpayée (30 à 50 francs la
journée!!), la construction de la maison représente nos plus grosses
dépenses.
Il reste encore deux pièces à reconstruire, une salle travail avec
l'ordinateur et une autre chambre pour tous les jeunes parmi vous
qui souhaitent venir aider… |
Aides en
Colombie
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Vous avez peut être déjà jeté un coup d'œil aux
dépenses de Colombie et ne comprenez pas tous les écarts, par
exemple pourquoi il n'y a quasiment pas eu de dépenses pour les
sorties avec les enfants etc.
J'ai la chance de connaître de plus en plus de
personnes sur Barrancabermeja et le projet Caminos de Esperanza est
accepté et apprécié de tous. En général et dans la mesure du
possible on ne me refuse pas de petites aides. En ce qui concerne la
sortie avec les enfants ou les jeunes, l'armée met à ma disposition
un camion qui peut transporter 40 personnes et éventuellement, des
militaires si je sens que je n'y arriverai pas toute seule. Les
entrées à la piscine sont gratuites pour nous ou ils nous demandent
parfois de participer un minimum (c'est vrai qu'en général après
notre passage il vaut mieux tout laver !…). Nous avons cependant
acheté une grande tente de 10 personnes pour les campings.
L'armée et les travaux publics m'ont aussi
soutenue pour les transports de matériel (5 000 briques, ciment,
camions de terre etc). La mairie a financé deux semaines de travaux,
c'est peu mais il ne faut pas trop leur en demander, ils ont
toujours de supers projets avec l'association mais j'attends
toujours! |
La paroisse, (voilà enfin des personnes qui
tiennent toujours leur parole) elle m'offre une bibliothèque presque
complète et participe énormément aux activités avec les jeunes, elle
aide aussi parfois pour des traitements médicaux, de la nourriture
pour les familles, des vêtements, et les pères ne nous refusent
jamais de célébrer une messe dans le quartier, baptiser un enfant,
envoyer gratuitement un psychologue pour telle ou telle personne
etc. Et enfin, j'ai fait récemment la
connaissance du PDG de l'entreprise Thermobarranca, la deuxième
plus grosse entreprise après Ecopétrol, qui s'est engagé, avant que
je ne lui demande, de financer le reste des travaux de la maison. Il
m'apporte déjà régulièrement du sable et du ciment et compte
m'envoyer les ouvriers à mon retour en Colombie. Comme c'est une
entreprise d'électricité, je pense qu'il va pouvoir aussi me
remettre à neuf et moderniser un peu toute l'électricité de la
maison. Il souhaite aussi lancer au sein de son entreprise des
campagnes pour récolter des médicaments, des fournitures scolaires
etc. C'est donc un petit trésor qu'il ne faut pas perdre, pourvu que
la société ne change pas de PDG d'ici Septembre!
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De la part de
toutes les familles, les enfants, les jeunes des quartiers
Arenal, San Francisco et las Playas nous vous remercions d'avoir
pu réaliser tout cela grâce à vous, priez pour nous, nous en
avons toujours besoin, "vivan felices, la vida es bella, que
Dios les bendiga, hasta luegito".
Stéphanie Peix
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